A partir du texte du narrateur, nous avons donc du créer un univers graphique, un scénario et réaliser l’ensemble en moins de 4 semaines.


Voici le résultat :


Mélinda



Julien



Audrey



Mathis





Place à Jean-Charles (scénariste à l'âme torturée ayant travaillé sur le projet).


La méthode

Le concept, tel qu’il est parvenu, a imposé un cadre précis qui semblait, dans sa première approche, contraindre les champs d’application généraux et réduire les possibles liés au processus de création. Cette fixité apparente, autant sur le fond que sur la forme, relative à cet exercice stylistique fortement marqué, s’est imposé à l’inverse comme les premières esquisses dont les sources d’inspiration s’inscrivaient en abondance à l’intérieur de sa propre structure et s’étendaient, tout aussi librement, bien au-delà de ces limites formelles.

vue after effects du projet

En ce sens et après avoir fixé notre propre mode opératoire établissant les premières fondations structurelles sur lesquelles chaque vidéo se composait, l’intention principale, le réflexe récursif et viscéral s’est attaché à s’approprier cette matière imposée afin de sculpter ses contours, les rendant plus incertains, transitoires, de remodeler son aspect global et d’en modifier sa fonction première. Ces quelques lignes imposent à mon inconscient un lien direct avec certaines réflexions qu’il parait nécessaire de développer ; celles-ci permettant d’illustrer l’approche intellectuelle et esthétique, intuitive également, imprégnant l’ensemble de ce projet. Cette parenthèse tente de mettre en lumière, s’il est nécessaire, certaines conceptions déjà abordées.
Aussi, de façon délibérée, aucun terme de genre ou de style spécifique ne sera mis en relief, pas plus que ceux généralement admis et en usage dans les champs du multimédia et les médiums (au sens de support de communication) qui leur sont rattachés. Toutefois, le caractère cinématographique du projet doit être évoqué, non par sa forme mais en tant que système, mode de pensée constitutif de l’ensemble ; le réel (la matière, ou le concept dans ce cas) est préexistant, envisagé dans son unité et sa cohérence, dans sa contrainte matérielle, puis celui-ci est morcelé, déconstruit en autant de fragments nécessaires à la construction de sa forme nouvelle, celle du récit. En résonance à ce principe, s’affirme une attitude immodérée et revendiquée de s’affranchir des règles établies. Ayant posé ces bases fondamentales, peut-être est-ce, plus vraisemblablement, cette propension contestataire toujours intacte dans nos esprits post-adolescents tourmentés qui est à l’origine de cette démarche.

narrateur not why not

Ce projet s’inscrit dans une aventure créative et créatrice de sens. C’est cette notion de sens qu’il semble essentiel de placer au cœur de notre intention artistique. Elle est l’énergie fondatrice, celle qui relie le sujet dans sa substance abstraite et intangible à sa représentation concrète, sa présentation plus exactement, telle qu’elle se constitue et se présente à vous. Ce sens, dont il est fait référence, détermine dans sa forme la plus minérale, les structures internes à la perception sensible du monde (sensation, impression, émotion), son expérience intime. Ce sens, étendu au champ de la communication, se défini également comme le vecteur au travers duquel le message se construit et va prendre sa forme définitive. Ces critères établis, la démarche artistique devient un exutoire, un mode d’expression, un langage. Ce n’est qu’à travers cette configuration, totale, que l’objet s’en trouve pleinement chargé.

audrey sur fond vert

Ainsi, la phase d’écriture s’est révélée être essentielle et a en effet déterminé, plus que nous ne l’aurions imaginé, la typicité de l’ensemble du projet. Si au premier abord, nous pouvons y voir qu’une pertinence relative par rapport au sujet, l’attention s’est portée sur la mise à distance de celui-ci afin d’en conserver la substance originelle permettant de traduire le descriptif en symbolique au travers duquel s’exprime, pour chaque personnage, les grands thèmes, les archétypes comme caractères constitutifs généralement donné pour un environnement culturel (pré)défini.

Audrey de profil

Dans ce contexte, il était également nécessaire de s’extraire des ces limites théoriques. L’intention, ainsi poursuivie, s’est attaché à traiter de l’humain dans sa spécificité universelle et indivisible inscrit au centre d’un univers sans repères de temporalité et d’espace, et libéré des clivages sociaux et culturels.

A cette approche philosophique relative, s’oppose un double niveau de lecture que l’ironie et la dérision commandent et qui permet de nuancer le propos et les multiples valeurs symboliques ; celles-ci s’expriment, d’une part au travers des caractéristiques premières et récurrents liés aux métiers du notariat, en étirant, distordant et réinterprétant leur nature ; et d’autre part sur l’objet artistique lui-même. Chaque vidéo développe dès lors, dans sa multiplicité référentielle, un monde primitif latent, presque organique aux contours flou, où les personnages sont envisagés comme une somme existentielle. L’utilisation des animaux, entre autres exemples, est un rappel constant à cet état de nature dont il est fait référence ; ceux-ci se présentent comme des éléments fonctionnels structurant le récit ou révélant l’intériorité (menaçante ou bienveillante) de chaque personnage. Dans un souci didactique, le scénario rend compte de ces notions.

le notaire

Aussi, bien qu’il se définisse comme un outil technique référant et déterminant, son caractère définitif ne doit pas contraindre l’inspiration et l’élan créatif lors de l’étape de production. En ce sens, la confrontation de cet objet littéraire à sa transposition graphique effective devient nécessaire. Afin d’illustrer ce propos, les modifications portent autant sur le caractère esthétique que sur le sens du message lui-même : dans son format initial, le scénario de Julien ne comportait aucune indication quant à l’influence, pourtant essentielle, des peintures de la renaissance sur sa structure définitive, de la même façon que la vidéo de Mathis, déjà complexe dans sa configuration, n’était pas ancrée aussi fortement à l’univers de la psychiatrie.

Ces considérations faites, l’expression visuelle s’est ainsi définie et pleinement développée au travers de ces réflexes théoriques et intellectuels. Ce nouveau langage formel et résiduel convoque, de toute sa richesse plastique et sa force d’évocation, à la fois la somme de cette matière référentielle (historique) dont elle est imprégnée et la synthèse allégorique des conceptions évoquées.

Mélinda

Dès lors, les notions de multitude, de mixité, de métissage culturel et artistique ont éclairé et commandé et le processus créatif. A la lumière de cette démarche exaltée, s’est organisé, par strates successives, un ensemble cohérent dans une pluralité de références (graphiques, littéraires, picturales, cinématographiques, musicales, publicitaires…), de symboles (religieux, culturels, sociologiques, philosophiques) traversant les époques. Selon les mêmes principes, chaque partie (composition) est construite, de manière indépendante, tant dans sa configuration interne déployant ses références et son univers intimes, qu’en lien avec la structure générale ; chacune venant enrichir le tout et s’en nourrir mutuellement. De la même façon, chaque élément servant à la composition appelle ses propres repères afin d’y tisser sa signification personnel. Cette mise en abyme développe un langage visuel pluriel et complexe créant un contre-point permanent à cette première réalité narrative aux frontières mouvantes.

Audrey sur l'herbe

D’une façon générale, il est difficile de mettre en exergue l’ensemble des références qui imprègnent ce projet, certaines étant profondément enfouies dans l’inconscient et s’imposant d’une forme nouvelle à notre esprit. Ce texte s’inscrit évidemment dans cette même logique. Dans le centre de gravité de la pensée et de la connaissance, Il est nourrit et guidé par de nombreuses influences conceptuelles plus ou moins lointaines qui s’inscrivent pleinement dans cette notion du « penser avec » chères à Jacques Derrida et pour laquelle, selon lui, il convient d’en payer la dette. Aussi, peu importe la forme et le sens que celle-ci prendra, peut-être est-ce tout simplement l’exigence et la sincérité de la démarche qui permettra de l’honorer.

Au-delà de son aspect descriptif et analytique, ce texte, qui m’impose encore mes propres limites intellectuelles, participe, en substance, à la même démarche créatrice que le sujet dont il fait l’objet. Il se présente avant tout comme une expérience artistique et sensorielle aux formes floues et incertaines, qui donnera l’idée la plus juste et la plus concrète de ce qu’a pu être les tourments de la création durant cette aventure ; me réservant également le droit d’en conserver l’essence intime.

A vous, courageux qui lisez encore ces lignes, de vous approprier le texte, de vous nourrir d’impressions et de réinventer votre propre pensée. De soigner, également, ces maux de tête qui ce sont depuis trop longtemps installés.

Il n’y a pas de réponse, ni de vérité. Juste la complexité du réel.

Not Why Not Loic au bureau